On voit de nombreux points communs, parfois même une sorte de parallélisme, entre ces 2 carrières avec environ 10 années d’écart : tous deux formés en province et rejoignant Orsay pour leurs recherches, tous deux fondateurs de laboratoires de la fédération, tous 2 présidents de l’Académie des Sciences, tous deux professeurs de l’Université Paris-Sud. On peut voir des similitudes jusque dans leurs distinctions : prix Holweck, Légion d’Honneur, médaille d’or du CNRS. Tous deux ont eu un rôle national important au niveau de la structuration et de l’organisation de la recherche et de la formation : nous sommes les héritiers du travail qu’ils ont mené pour le rapprochement recherche – formation. Scientifiquement, l’association de ces 2 noms est à même de représenter la variété thématique de la fédération, l’imbrication des recherches de natures expérimentale et théorique, fondamentale et appliquée.

• Pierre Jacquinot est un spécialiste de spectroscopie atomique et instrumentale. Sa thèse  portait sur le phénomène Zeeman dans les champs magnétiques intenses. Il a développé la spectroscopie interférentielle : avec Pierre et Janine Connes, il conçoit et réalise le spectromètre à transformation de Fourier, destiné initialement à sonder les atomes. On connaît le retentissement de cette technique expérimentale dans de très nombreux domaines de la physique : les molécules, les solides, et même le domaine spatial puisqu’elle permet aux satellites qui en sont équipés de caractériser les atomes, molécules et ions du milieu interstellaire ainsi que ceux de l’environnement atmosphérique. Ensuite, Pierre Jacquinot consacre ses travaux de recherche à la spectroscopie laser à très haute résolution, qui a notamment permis de mettre en évidence au CERN la raie de  résonance de l’atome de Francium.

• Jacques Friedel est le père fondateur de l’école française de physique des solides (on trouve également dans les articles qui lui sont consacrés les termes de « sciences des matériaux », « physique de la matière  condensée »). Ses travaux de recherche concernent l’étude théorique des défauts (défauts ponctuels, dislocations) et de la structure électronique des solides métalliques ou covalents. Jacques Friedel a directement  travaillé sur des sujets tels que l’ordre et le désordre, l’effet d’impuretés chargées ou magnétiques dans des systèmes extrêmement variés : métalliques, supraconducteurs ou isolants, durs  u mous, macroscopiques ou nanoscopiques. Ces études requièrent des collaborations étroites entre différentes disciplines et la mise en jeu de plusieurs domaines d’expertises : aspects structuraux et électroniques de la physique et de la chimie du solide, grands instruments (synchrotrons, réacteurs à neutrons, champs magnétiques intenses) que J. Friedel a toujours soutenus, relations avec les industries de la métallurgie et de l’électronique avec lesquelles J. Friedel a toujours entretenu un dialogue exigeant.

Dans les années 1960, la physique atomique et la matière condensée ne se parlaient pas ou peu mais on constate aujourd’hui, et particulièrement dans le périmètre de nos laboratoires, que le spectre de connaissances et de travaux de recherche entre ces 2 disciplines est devenu un continuum. Ces 2 noms accolés seront donc un trait d’union : de la physique atomique et moléculaire à la matière condensée, en passant par les nanosciences et les systèmes complexes, en allant vers d’autres disciplines telles que chimie et biologie.